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Marchés publics : quelle place pour le critère environnemental dans la notation ?

Depuis le 22 août 2026, plus aucun marché public ne peut être attribué sur le seul critère du prix. Chaque acheteur doit désormais intégrer au moins un critère environnemental dans la notation des offres. Un changement d'ampleur : en 2024, seuls 25 % des marchés publics intégraient des considérations environnementales (OECP, 2026).

Résumé de l'article

Depuis le 22 août 2026, chaque marché public doit intégrer au moins un critère environnemental dans la notation des offres. La loi ne fixe ni pondération minimale ni liste de critères, mais la DAJ recommande un poids d'au moins 10 %, dans un critère distinct de la valeur technique. Le critère doit rester précis et lié à l'objet du marché : les juges refusent qu'il note la politique RSE générale de l'entreprise. Pour se démarquer, les entreprises ont donc intérêt à préparer des preuves propres à chaque marché, appuyées sur un bilan carbone solide.

Pour les entreprises qui répondent à des appels d'offres, deux questions se posent : quel poids ce critère a-t-il dans la note finale, et sur quoi peut-il porter ? Cet article se propose d'y répondre, en s'appuyant sur la doctrine officielle de la Direction des affaires juridiques (DAJ) et sur la jurisprudence récente.

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Ce que dit la loi

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L'article 35 de la loi Climat et Résilience a modifié le code de la commande publique. Depuis le 22 août 2026, l'article L2152-7 prévoit qu'au moins un des critères d'attribution prend en compte les caractéristiques environnementales de l'offre. Les contrats doivent aussi comporter des conditions d'exécution environnementales.

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💡 Définition : critère d'attribution ou clause d'exécution ?

Le critère d'attribution sert à comparer les offres et à choisir la meilleure : il pèse dans la note finale. La clause d'exécution fixe des engagements que l'entreprise retenue doit respecter pendant le contrat. Le premier vous aide à gagner le marché, la seconde vous engage une fois le marché obtenu.

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L'obligation concerne tous les marchés, y compris les prestations intellectuelles, à l'exception des marchés de défense et de sécurité. Si l'acheteur ne retient qu'un seul critère, ce ne peut plus être le prix : ce doit être un coût global, fondé par exemple sur le cycle de vie et intégrant les caractéristiques environnementales de l'offre (article R2152-7). Les consultations lancées avant le 22 août 2026 restent soumises à l'ancien régime.

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Quel poids dans la notation ?

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La loi ne fixe aucune pondération minimale : chaque acheteur choisit le poids du critère environnemental selon l'objet du marché. La DAJ a toutefois donné un repère dans sa fiche pratique de juillet 2026 : une pondération d'au moins 10 % de la note totale peut constituer une pratique pertinente. Ce taux reste une recommandation, pas un minimum légal.

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La DAJ insiste aussi sur la construction du critère. Il doit être suffisamment discriminant pour départager réellement les offres et, si possible, distinct de la valeur technique. Elle déconseille par exemple de loger l'environnement dans un sous-critère de la valeur technique pesant 5 %. Une pondération purement symbolique expose d'ailleurs l'acheteur à un risque d'annulation de la procédure.

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La publication de ce poids dépend du type de procédure. Au-delà de seuils européens, qui varient selon l'acheteur et la nature du marché, l'acheteur doit suivre une procédure formalisée (un appel d'offres, par exemple) : les règles sont strictes et la pondération des critères est annoncée aux candidats. En dessous de ces seuils, il peut recourir à une procédure adaptée (MAPA), dont il fixe lui-même les modalités, de façon plus souple.

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En procédure adaptée, l'acheteur n'est pas tenu de publier la pondération de ses critères. Afficher le poids du critère environnemental reste cependant une bonne pratique de transparence.

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💡 Ce que pèsent 10 points dans une notation

Prenons une grille courante : prix 40 %, valeur technique 50 %, environnement 10 %. La note de prix est calculée en divisant le prix le plus bas par le prix de chaque offre. Deux entreprises obtiennent la même note technique.

- l'entreprise A propose le prix le plus bas (100 000 €) mais obtient 4/10 sur l'environnement : 40 + 4 = 44 points

- l'entreprise B est 5 % plus chère (105 000 €) mais obtient 10/10 sur l'environnement : 38,1 + 10 = 48,1 points

L'entreprise B l'emporte. Avec ces hypothèses, elle resterait devant jusqu'à un écart de prix d'environ 17 %.

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Quels critères environnementaux l'acheteur peut-il retenir ?

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La loi ne dresse aucune liste de critères. Le choix revient à l'acheteur, dans un cadre précis : le critère doit être objectif, précis, non discriminatoire et lié à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution. Les juges ont déjà posé deux limites :

  • pas de notation de la politique environnementale générale de l'entreprise : le critère doit porter sur l'offre, comme l'a rappelé le tribunal administratif de Caen en août 2026
  • pas de critère trop vague : le tribunal administratif de Grenoble a annulé en 2025 une procédure dont le critère environnemental, pondéré à 10 %, n'était pas suffisamment précisé (marche-public.fr)

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Selon le type de marché, les critères portent par exemple sur :

  • les émissions de gaz à effet de serre liées à l'exécution, appréciées par exemple à partir d'un bilan carbone prévisionnel du chantier ou de la prestation
  • le transport et la logistique : modes de livraison, part de véhicules à faibles émissions, optimisation des tournées
  • les matériaux et produits : contenu recyclé, matériaux biosourcés ou bas-carbone, produits issus du réemploi
  • la gestion des déchets et des emballages : tri, valorisation, réduction des volumes
  • la consommation d'énergie et d'eau pendant l'exécution du marché ou l'usage du produit
  • la biodiversité et le bien-être animal, explicitement cités par le code de la commande publique

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La DAJ admet aussi qu'un plan de progrès satisfasse l'obligation, à condition que ses objectifs et ses modalités de suivi soient suffisamment précis. Pour aller plus loin, la Direction des achats de l'État publie des fiches-outils thématiques qui proposent des exemples de critères prêts à l'emploi.

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Comment vous préparer ?

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Puisque chaque acheteur construit son propre critère, la première étape consiste à lire attentivement le règlement de consultation : quel critère, quelle pondération, quelles pièces attendues ? Ensuite, trois réflexes font la différence :

  • des preuves propres au marché : bilan carbone prévisionnel de la prestation, fiches techniques des produits proposés, plan de livraison, schéma de gestion des déchets. Une politique RSE générale ne suffit pas
  • des engagements chiffrés : si vous proposez un plan de progrès, fixez des objectifs mesurables et des modalités de suivi, car ils deviendront souvent des clauses d'exécution
  • une base solide : votre bilan carbone d'entreprise exhaustif vous donne les données nécessaires pour chiffrer rapidement l'impact d'une offre

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À noter : certains donneurs d'ordre font déjà le choix de s'appuyer sur une démarche vérifiée par un tiers indépendant. C'est le cas de l'Échelle de Performance CO₂, que nous détaillons dans notre article Appels d'offres publics : l'Échelle de Performance CO₂ peut-elle faire la différence ?

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Conclusion : des preuves liées au marché

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Le critère environnemental ne pèse pas toujours lourd dans la notation, mais quelques points suffisent souvent à départager des offres proches. Sa règle du jeu reste la même d'un marché à l'autre : l'acheteur évalue votre offre, pas votre politique générale. Les entreprises qui savent chiffrer et prouver l'impact de leur prestation prennent donc un avantage durable.

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Sources : 

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