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SBTi Net-Zero 2.0 : ce qui change concrètement pour votre trajectoire carbone

Le 11 juin 2026, la Science Based Targets initiative (SBTi) a publié la version finale de son Corporate Net-Zero Standard V2.0. Après cinq ans et plus de 11 000 entreprises engagées, le référentiel change de nature : il ne s'agit plus seulement de fixer un objectif aligné sur la science, mais de démontrer, année après année, que vous avancez réellement vers cet objectif. Voici ce que la V2 change réellement, et comment vous y préparer dès maintenant.

Résumé de l'article

La version 2 du standard Net-Zero de la SBTi (disponible en 2027, obligatoire en 2028) marque un tournant : elle passe d'une trajectoire scientifique absolue à un cadre pragmatique basé sur les réalités opérationnelles ("best-effort framework"). En échange de cette flexibilité, les exigences en matière de gouvernance, de transparence et d'audit sont renforcées pour éviter tout greenwashing.

Pour les entreprises déjà engagées dans une démarche SBTi, comme pour celles qui envisagent de s'y lancer, comprendre ce changement est essentiel avant d'investir du temps et des ressources dans la prochaine soumission. La V2 sera disponible dès le 31 janvier 2027 et obligatoire à partir du 31 janvier 2028.

Un changement de philosophie : de l'ambition à la mise en œuvre

La V1 du Corporate Net-Zero Standard reposait sur un principe simple : votre trajectoire de réduction devait être 100 % alignée avec la science, sans considération pour vos contraintes opérationnelles. La V2 assume un changement d'approche. Les trajectoires restent alignées sur l'objectif Net Zero pour lutter contre le changement climatique et agir pour l'environnement, mais elles intègrent désormais les réalités et les contraintes propres à chaque entreprise, à travers ce que la SBTi appelle un "best-effort framework".

‍Concrètement, à partir du moment où vous justifiez, documentez et quantifiez vos limites de décarbonation (ex : dépendance à une technologie encore non mature, absence d'offre bas-carbone sur un territoire donné, contraintes de marché), la SBTi peut valider votre stratégie, y compris lorsqu'elle ne suit pas une trajectoire parfaite. 

En contrepartie, l'organisme se dote des moyens de vérifier que cette flexibilité n'ouvre pas la porte au greenwashing, garantissant une protection de l'environnement :

  • hiérarchie de priorités pour les actions de décarbonation
  • audits obligatoires
  • suivi annuel des progrès 
  • mesure d'un "progrès minimal" pour pouvoir enclencher le cycle suivant

Ce basculement se traduit par 8 évolutions structurantes que nous détaillons ci-dessous, avant de vous proposer un tableau comparatif complet entre la V1 et la V2.

Qui est concerné, et à partir de quand ?

Une nouvelle catégorisation : catégorie A ou catégorie B

La V2 abandonne la distinction historique entre "Corporate" et "PME" (SME : small & medium enterprise) au profit d'une catégorisation en deux groupes, déterminée par la géographie et une combinaison d'émissions, de chiffre d'affaires et d'effectifs.

Seuils Géographie Catégorie
Chiffre d'affaires net ≥ 450 millions d'euros OU effectifs (équivalents temps plein ETP) ≥ 1 000 Peu importe le pays A
Émissions scopes 1 et 2 ≥ 10 000 téqCO₂eq Pays à revenu élevé A
Au moins 2 critères parmi :
- Bilan total ≥ 25 millions d’euros
- Chiffre d'affaires net ≥ 50 millions d’euros
- Effectifs (ETP) ≥ 250
Pays à revenu élevé A
Toutes les autres entreprises Peu importe le pays B

La catégorie A correspond globalement à l'ancien "Corporate" et la catégorie B à l'ancienne "PME". 

Deux points d'attention :

  • La catégorisation s'effectue au niveau du groupe, et non des filiales
  • Elle est établie au moment de l'enregistrement auprès de la SBTi, puis re-validée à chaque soumission de nouveaux objectifs, sur la base de la moyenne des rapports financiers des deux dernières années

Le calendrier 

  • Dès le 31 janvier 2027, la V2 devient disponible sur la base du volontariat. Vous pouvez choisir entre la V1 (encore en vigueur) et la V2 tout au long de l'année 2027.
  • À partir du 31 janvier 2028, la V2 devient la seule norme applicable pour toute nouvelle soumission d'objectifs.

💡 Les objectifs déjà validés sous la V1 restent valables jusqu'à leur échéance ou jusqu'à la revue quinquennale obligatoire ("Mandatory 5 Year Review"). Aucune revalidation immédiate n'est requise.

Les 8 évolutions majeures de la V2

1. Une gouvernance et un plan de transition désormais obligatoires

C'est l'une des nouveautés les plus structurantes : sous la V1, aucune exigence de gouvernance n'existait. Sous la V2, votre comité exécutif (ou son équivalent) doit formellement accepter d'être responsable de la démarche SBTi (soumission, définition et mise en œuvre des objectifs). Votre entreprise doit également démontrer qu'elle a mis en place des process de reporting et de suivi.

Concrètement, vous devez élaborer, maintenir et mettre à jour tous les 5 ans un plan de transition, validé par votre COMEX et déclaré aligné avec la stratégie d'entreprise. Ce plan doit contenir :

  • le détail des objectifs validés 
  • les scopes couverts (1+2 seulement, ou les 3 scopes) 
  • la liste des actions prévues pour les 5 prochaines années 
  • une roadmap macro long terme (catégorie A uniquement) 
  • les hypothèses et dépendances qui pourraient affecter l'atteinte des objectifs, ainsi que le plan pour mitiger ce risque 
  • un engagement à réduire progressivement les revenus issus des énergies fossiles (si applicable) 
  • un plan de décarbonation des activités à forte intensité d'émissions (voir point 6)

2. Une année de référence qui ne se choisit plus

‍Autre changement de fond : sous la V1, l'année de référence (base year) pouvait être choisie librement entre 2015 et l'année en cours. Sous la V2, elle est imposée : il s'agit obligatoirement de l'année la plus récente pour laquelle vous disposez de données complètes et représentatives. Seule exception : si cette année ne reflète pas la réalité de votre activité (année atypique, acquisition majeure).

Autre nuance importante : dans la V1, il était toléré d'avoir des années de référence différentes selon les scopes. Ce n'est plus le cas. Les trois scopes doivent désormais partager la même année de référence.

3. Un inventaire GHG sans exclusion et de nouveaux indicateurs à publier

‍L'exclusion de 5 % des émissions, historiquement tolérée sur les scopes 1 et 2, disparaît. La couverture doit être de 100 % des émissions. L'inventaire de l'année de référence doit également intégrer de nouveaux éléments :

  • la consommation totale d'électricité et le pourcentage d'électricité bas-carbone (Low-carbon electricity - LCE, voir point 4 ci-dessous) 
  • pour les entreprises de catégorie A, les émissions significatives du scope 3, c'est-à-dire toutes les catégories représentant plus de 5 % du total du scope 3
  • pour ces mêmes entreprises, l'identification des activités à forte intensité d'émissions (EIA, voir point 6)

Pour rappel, les émissions doivent être déclarées selon la méthode WTW (well-to-wheel, "du puits à la roue"), incluant donc les émissions amont liées à l'extraction et au transport des carburants.

4. Le scope 2 abandonne le "market-based" pour l'électricité bas-carbone (low-carbon electricity - LCE)

‍C'est probablement le changement le plus visible pour les équipes achats et énergie. La logique "market-based" (achat de certificats verts génériques, potentiellement produits à l'autre bout du monde à un moment différent de la consommation) disparaît au profit d'une nouvelle notion : la Low Carbon Electricity (LCE), l'électricité bas-carbone.

Une source d’électricité est considérée comme LCE si ses émissions directes de gaz à effet de serre (ges) sont inférieures ou égales à 0,048 kg de CO₂/kWh (ce seuil passera à 0,024 kg CO₂/kWh en 2035). Vous avez désormais le choix entre deux types d'objectif pour le scope 2, avec un reporting obligatoirement en location-based :

  • une réduction absolue des émissions, sur trajectoire linéaire jusqu'à un niveau résiduel. Ce niveau résiduel correspond au plancher d'émissions qu'il n'est techniquement pas réaliste d'éliminer à l'horizon Net Zero : pour le scope 2, les analyses publiées après la sortie de la V2 convergent vers un niveau résiduel cible inférieur à 10 % des émissions de l'année de référence.
  • un alignement LCE, c'est-à-dire l'augmentation de la part d'électricité bas-carbone utilisée, contractualisée ou "matchée" (l'entreprise doit démontrer, contrat ou certificat à l'appui, que le volume d'électricité consommé correspond bien à une production bas-carbone identifiée, et non à un certificat générique déconnecté de la réalité physique), sur une trajectoire linéaire compatible Net Zero. Concrètement, cela signifie viser 100 % d'électricité bas-carbone au plus tard en 2050. 

💡 Pour les entreprises de catégorie A anticipant une croissance de leur consommation électrique supérieure à 20 % par an, l'objectif en absolu devient obligatoire (le LCE reste alors optionnel en complément).

5. Le scope 3 se recentre sur la matérialité, et non plus sur un seuil uniforme

‍Sous la V1, le scope 3 devenait obligatoire dès lors qu'il représentait 40 % ou plus des émissions totales, avec une couverture cible d'au moins 67 %. La V2 change de logique et se concentre sur les émissions significatives, à savoir toutes les catégories représentant individuellement plus de 5 % du scope 3.

Le scope 3 à court terme (c'est-à-dire l'horizon du premier cycle de validation, fixé désormais à 5 ans après la soumission) devient obligatoire pour toutes les entreprises de catégorie A, et reste facultatif pour la catégorie B. Trois options de trajectoire sont désormais disponibles, et peuvent être combinées selon les catégories d'émissions concernées :

  • une réduction absolue des émissions 
  • un objectif d'alignement fournisseurs et/ou clients (augmentation de la part de partenaires en transition ou déjà alignés Net Zero) 
  • un objectif spécifique par catégorie ou activité, avec des sous-options selon qu'il s'agit d'émissions amont couvertes par un guide sectoriel (catégories 1, 2, 4 et 9), d'autres émissions amont, ou d'émissions aval

💡 Des exclusions restent possibles (biens de seconde main, déplacements domicile-travail, franchises indépendantes, par exemple), mais chacune doit désormais être justifiée, quantifiée en tCO₂eq et en pourcentage, et accompagnée des actions envisagées pour la mitiger.

6. Une nouvelle notion : les activités à forte intensité d'émissions (EIA)

‍Réservée aux entreprises de catégorie A, cette nouveauté cible les activités "emissions-intensive" (EIA) au sein du scope 3 : ciment, acier, aluminium, ammoniac, plastiques, transport routier lourd, produits vendus émetteurs de gaz à effet de serre, et une dizaine d'autres catégories définies par le SBTi selon des codes NACE précis.

Pour chaque EIA représentant 5 % ou plus du scope 3, vous devez l'identifier, la quantifier, et déclarer sa valeur absolue ainsi que son poids relatif dans le scope 3 total. C'est une façon pour la SBTi de s'assurer que les efforts de décarbonation se concentrent réellement sur les postes d'émissions les plus lourds de la chaîne de valeur, plutôt que sur les catégories les plus faciles à traiter.

7. Une hiérarchie de mise en œuvre qui priorise vos actions de décarbonation

‍La SBTi impose désormais une hiérarchie de priorité entre trois niveaux d'action, dans cet ordre :

  1. Activity level : les actions qui réduisent directement vos propres sources d'émissions.
  2. Activity pool : lorsque des émissions sont mutualisées au sein d'un groupe d'activités partagé (un réseau électrique, une zone de desserte logistique commune), des actions au niveau de ce groupe deviennent recevables, à condition de démontrer qu'il s'agit du plus petit système raisonnable à décarboner.
  3. Sector level : réservé aux cas de limitations structurelles avérées (infrastructure, maturité technologique, réglementation, structure du marché ou de l'offre). La SBTi précise explicitement que des considérations de coût ou des choix d'approvisionnement ne constituent pas une limitation structurelle recevable.

Votre plan de transition doit démontrer que toutes les actions "activity level" raisonnablement réalisables ont été intégrées avant de justifier le recours aux niveaux "activity pool" ou "sector". Pour ces deux derniers niveaux, une documentation complète est exigée : description de l'action, preuve qu'elle complète et ne remplace pas l'échelon "activity level", et estimation qualitative des réductions attendues.

8. La fin du "Beyond Value Chain Mitigation", place à l'”Ongoing Emissions Responsibility”

‍Dernier grand chantier de la V2 : la manière dont une entreprise traite les émissions qu'elle continue nécessairement d'émettre pendant sa transition vers le Net Zero. Le concept de compensation "Beyond Value Chain Mitigation" (BVCM) est reformulé dans un nouveau programme, l'Ongoing Emissions Responsibility (OER).

Le principe : au-delà de votre propre trajectoire de réduction, vous pouvez contribuer à la décarbonation d'autres acteurs pour accélérer la lutte collective contre le réchauffement climatique. La participation reste facultative jusqu'en 2035 (au-delà, elle deviendra progressivement obligatoire pour la catégorie A), mais si vous n'y participez pas, vous devez le justifier au moment de la validation. 

Trois niveaux de reconnaissance existent, avec des exigences de couverture et de budget de contribution croissantes : 

  • Engaged (à partir de 1 % des émissions courantes)
  • Advanced (100 % des scopes 1 et 2, et au moins 10 % du total)
  • Leadership (jusqu'à 100 % du total pour la catégorie A, avec un prix carbone minimum de 80 $/tCO₂eq).

La SBTi clarifie enfin la question de la neutralisation à horizon Net Zero : les crédits de réduction ne sont plus éligibles pour neutraliser les émissions résiduelles finales. Seuls des mécanismes d'élimination du carbone vérifiés peuvent être mobilisés, selon un principe de correspondance de durée de vie : les gaz à effet de serre à longue durée de vie (CO₂, N2O, SF6) nécessitent des solutions de stockage à long terme, tandis que les gaz à effet plus court peuvent être neutralisées par des solutions à court ou long terme.

Tableau comparatif V1 / V2 

Pour vous permettre de visualiser d'un coup d'œil l'ampleur de la bascule, voici une synthèse de l'ensemble des évolutions détaillées ci-dessus. 

Thématique Version 1 Version 2
Catégorisation Corporate / SME (PME) Catégorie A / Catégorie B, selon géographie, CA, effectifs et émissions
Année de référence Librement choisie entre 2015 et 2 ans avant la soumission, peut différer selon les scopes Imposée : année la plus récente, identique sur les 3 scopes
Gouvernance Aucune exigence COMEX responsable de la démarche, structure de gouvernance à déclarer
Plan de transition Aucune exigence Obligatoire, validé par le COMEX, mis à jour tous les 5 ans, publié pour la catégorie A
Cycle de validation Base year et target year au choix, revue tous les 5 ans sans obligation de renouveler Cycle imposé de 5 ans, avec nouvel objectif obligatoire à chaque fin de cycle
Couverture de l'inventaire Jusqu'à 5 % d'exclusion possible sur scopes 1 et 2 Coverage à 100 %, aucune exclusion
Scope 2 Approche location-based ou market-based, objectif combiné possible avec le scope 1 Objectif distinct, location-based uniquement, LCE ou réduction absolue
Scope 3 Obligatoire si ≥ 40 % des émissions totales, couverture cible de 67 % Obligatoire pour la catégorie A, basé sur la matérialité (catégories ≥ 5 % du scope 3)
Activités à forte intensité (EIA) Non identifiées Identification, quantification et reporting obligatoires pour les entreprises issues de la catégorie A
Marchés instruments Reconnaissance limitée Cadre élargi, avec critères d'intégrité stricts : correspondance d'activité (activity matching), alignement temporel (temporal alignment), prévention du double comptage (double-counting prevention)
Hiérarchie d'implémentation Non formalisée Niveau de l'activité, niveau du groupe d'activités, niveau sectoriel, sous conditions strictes
Compensation / contribution Beyond Value Chain Mitigation (BVCM), peu structuré Ongoing Emissions Responsibility (OER), 3 niveaux de reconnaissance, facultatif jusqu'en 2035
Neutralisation finale Peu de détails sur les crédits éligibles Uniquement des mécanismes d'élimination vérifiés, principe de correspondance de durée de vie
Vérification / audit Non requis Assurance limitée par un tiers obligatoire (catégorie A) : base year, target year, plan d'action, % LCE
Suivi des progrès Orientations limitées Reporting annuel obligatoire et audité, évaluation de fin de cycle dans les 12 mois

Ce que cela change concrètement pour votre feuille de route

‍Au-delà de la technique, la V2 a une conséquence directe sur l'organisation de votre démarche SBTi : elle mobilise davantage de fonctions internes, sur une durée plus longue.

  • Côté direction générale : l'implication du COMEX n'est plus optionnelle. Il faudra obtenir un portage exécutif dès la phase de cadrage.
  • Côté finance et achats : la disparition du market-based sur le scope 2 et l'introduction des EIA sur le scope 3 imposent de revoir votre stratégie d'approvisionnement énergétique et vos relations fournisseurs sur les postes d'émissions les plus matériels.
  • Côté données : l'audit obligatoire pour la catégorie A change la donne. Vos données d'inventaire, votre méthodologie et votre pourcentage de LCE devront être documentés avec un niveau de rigueur permettant une assurance externe.
  • Côté communication : le plan de transition devenant public pour la catégorie A, vos objectifs, votre trajectoire et vos limites assumées seront visibles par vos parties prenantes. Le "best-effort" documenté devient un exercice de transparence, pas seulement de conformité.

Conclusion

La V2 du Corporate Net-Zero Standard ne remet pas en cause l'ambition scientifique du SBTi, mais elle en change la mécanique de preuve. D'un référentiel de définition d'objectifs, il devient un référentiel de pilotage de la transition, avec gouvernance, plan de transition, audits et suivi annuel à la clé. Les entreprises qui auront anticipé cette bascule, en structurant dès aujourd'hui leur gouvernance, leurs données et leur stratégie scope 2 et scope 3, aborderont leur prochain cycle de validation avec une longueur d'avance.

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Sources :

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