La version 2 du standard Net-Zero de la SBTi (disponible en 2027, obligatoire en 2028) marque un tournant : elle passe d'une trajectoire scientifique absolue à un cadre pragmatique basé sur les réalités opérationnelles ("best-effort framework"). En échange de cette flexibilité, les exigences en matière de gouvernance, de transparence et d'audit sont renforcées pour éviter tout greenwashing.
Pour les entreprises déjà engagées dans une démarche SBTi, comme pour celles qui envisagent de s'y lancer, comprendre ce changement est essentiel avant d'investir du temps et des ressources dans la prochaine soumission. La V2 sera disponible dès le 31 janvier 2027 et obligatoire à partir du 31 janvier 2028.
La V1 du Corporate Net-Zero Standard reposait sur un principe simple : votre trajectoire de réduction devait être 100 % alignée avec la science, sans considération pour vos contraintes opérationnelles. La V2 assume un changement d'approche. Les trajectoires restent alignées sur l'objectif Net Zero pour lutter contre le changement climatique et agir pour l'environnement, mais elles intègrent désormais les réalités et les contraintes propres à chaque entreprise, à travers ce que la SBTi appelle un "best-effort framework".
Concrètement, à partir du moment où vous justifiez, documentez et quantifiez vos limites de décarbonation (ex : dépendance à une technologie encore non mature, absence d'offre bas-carbone sur un territoire donné, contraintes de marché), la SBTi peut valider votre stratégie, y compris lorsqu'elle ne suit pas une trajectoire parfaite.
En contrepartie, l'organisme se dote des moyens de vérifier que cette flexibilité n'ouvre pas la porte au greenwashing, garantissant une protection de l'environnement :
Ce basculement se traduit par 8 évolutions structurantes que nous détaillons ci-dessous, avant de vous proposer un tableau comparatif complet entre la V1 et la V2.
La V2 abandonne la distinction historique entre "Corporate" et "PME" (SME : small & medium enterprise) au profit d'une catégorisation en deux groupes, déterminée par la géographie et une combinaison d'émissions, de chiffre d'affaires et d'effectifs.
La catégorie A correspond globalement à l'ancien "Corporate" et la catégorie B à l'ancienne "PME".
Deux points d'attention :
C'est l'une des nouveautés les plus structurantes : sous la V1, aucune exigence de gouvernance n'existait. Sous la V2, votre comité exécutif (ou son équivalent) doit formellement accepter d'être responsable de la démarche SBTi (soumission, définition et mise en œuvre des objectifs). Votre entreprise doit également démontrer qu'elle a mis en place des process de reporting et de suivi.
Concrètement, vous devez élaborer, maintenir et mettre à jour tous les 5 ans un plan de transition, validé par votre COMEX et déclaré aligné avec la stratégie d'entreprise. Ce plan doit contenir :
Autre changement de fond : sous la V1, l'année de référence (base year) pouvait être choisie librement entre 2015 et l'année en cours. Sous la V2, elle est imposée : il s'agit obligatoirement de l'année la plus récente pour laquelle vous disposez de données complètes et représentatives. Seule exception : si cette année ne reflète pas la réalité de votre activité (année atypique, acquisition majeure).
Autre nuance importante : dans la V1, il était toléré d'avoir des années de référence différentes selon les scopes. Ce n'est plus le cas. Les trois scopes doivent désormais partager la même année de référence.
L'exclusion de 5 % des émissions, historiquement tolérée sur les scopes 1 et 2, disparaît. La couverture doit être de 100 % des émissions. L'inventaire de l'année de référence doit également intégrer de nouveaux éléments :
Pour rappel, les émissions doivent être déclarées selon la méthode WTW (well-to-wheel, "du puits à la roue"), incluant donc les émissions amont liées à l'extraction et au transport des carburants.
C'est probablement le changement le plus visible pour les équipes achats et énergie. La logique "market-based" (achat de certificats verts génériques, potentiellement produits à l'autre bout du monde à un moment différent de la consommation) disparaît au profit d'une nouvelle notion : la Low Carbon Electricity (LCE), l'électricité bas-carbone.
Une source d’électricité est considérée comme LCE si ses émissions directes de gaz à effet de serre (ges) sont inférieures ou égales à 0,048 kg de CO₂/kWh (ce seuil passera à 0,024 kg CO₂/kWh en 2035). Vous avez désormais le choix entre deux types d'objectif pour le scope 2, avec un reporting obligatoirement en location-based :
Sous la V1, le scope 3 devenait obligatoire dès lors qu'il représentait 40 % ou plus des émissions totales, avec une couverture cible d'au moins 67 %. La V2 change de logique et se concentre sur les émissions significatives, à savoir toutes les catégories représentant individuellement plus de 5 % du scope 3.
Le scope 3 à court terme (c'est-à-dire l'horizon du premier cycle de validation, fixé désormais à 5 ans après la soumission) devient obligatoire pour toutes les entreprises de catégorie A, et reste facultatif pour la catégorie B. Trois options de trajectoire sont désormais disponibles, et peuvent être combinées selon les catégories d'émissions concernées :
Réservée aux entreprises de catégorie A, cette nouveauté cible les activités "emissions-intensive" (EIA) au sein du scope 3 : ciment, acier, aluminium, ammoniac, plastiques, transport routier lourd, produits vendus émetteurs de gaz à effet de serre, et une dizaine d'autres catégories définies par le SBTi selon des codes NACE précis.
Pour chaque EIA représentant 5 % ou plus du scope 3, vous devez l'identifier, la quantifier, et déclarer sa valeur absolue ainsi que son poids relatif dans le scope 3 total. C'est une façon pour la SBTi de s'assurer que les efforts de décarbonation se concentrent réellement sur les postes d'émissions les plus lourds de la chaîne de valeur, plutôt que sur les catégories les plus faciles à traiter.
La SBTi impose désormais une hiérarchie de priorité entre trois niveaux d'action, dans cet ordre :
Votre plan de transition doit démontrer que toutes les actions "activity level" raisonnablement réalisables ont été intégrées avant de justifier le recours aux niveaux "activity pool" ou "sector". Pour ces deux derniers niveaux, une documentation complète est exigée : description de l'action, preuve qu'elle complète et ne remplace pas l'échelon "activity level", et estimation qualitative des réductions attendues.
Dernier grand chantier de la V2 : la manière dont une entreprise traite les émissions qu'elle continue nécessairement d'émettre pendant sa transition vers le Net Zero. Le concept de compensation "Beyond Value Chain Mitigation" (BVCM) est reformulé dans un nouveau programme, l'Ongoing Emissions Responsibility (OER).
Le principe : au-delà de votre propre trajectoire de réduction, vous pouvez contribuer à la décarbonation d'autres acteurs pour accélérer la lutte collective contre le réchauffement climatique. La participation reste facultative jusqu'en 2035 (au-delà, elle deviendra progressivement obligatoire pour la catégorie A), mais si vous n'y participez pas, vous devez le justifier au moment de la validation.
Trois niveaux de reconnaissance existent, avec des exigences de couverture et de budget de contribution croissantes :
La SBTi clarifie enfin la question de la neutralisation à horizon Net Zero : les crédits de réduction ne sont plus éligibles pour neutraliser les émissions résiduelles finales. Seuls des mécanismes d'élimination du carbone vérifiés peuvent être mobilisés, selon un principe de correspondance de durée de vie : les gaz à effet de serre à longue durée de vie (CO₂, N2O, SF6) nécessitent des solutions de stockage à long terme, tandis que les gaz à effet plus court peuvent être neutralisées par des solutions à court ou long terme.
Pour vous permettre de visualiser d'un coup d'œil l'ampleur de la bascule, voici une synthèse de l'ensemble des évolutions détaillées ci-dessus.
Au-delà de la technique, la V2 a une conséquence directe sur l'organisation de votre démarche SBTi : elle mobilise davantage de fonctions internes, sur une durée plus longue.
La V2 du Corporate Net-Zero Standard ne remet pas en cause l'ambition scientifique du SBTi, mais elle en change la mécanique de preuve. D'un référentiel de définition d'objectifs, il devient un référentiel de pilotage de la transition, avec gouvernance, plan de transition, audits et suivi annuel à la clé. Les entreprises qui auront anticipé cette bascule, en structurant dès aujourd'hui leur gouvernance, leurs données et leur stratégie scope 2 et scope 3, aborderont leur prochain cycle de validation avec une longueur d'avance.
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Sources :